Le secteur des RH est confronté à de nombreux défis, notamment en raison de la pénurie de main-d’œuvre et de l’augmentation de la réglementation. Quelle est aujourd’hui, selon vous, la plus grande difficulté pour les agences d’intérim belges, et où se situent également les principales opportunités ?
Le principal défi reste sans aucun doute la pénurie structurelle sur le marché du travail. Trop de talents restent inexploités en raison d’un enchevêtrement complexe de règles et d’incitants insuffisants à travailler. Une réglementation trop lourde empêche encore trop souvent les personnes de se mettre rapidement et de manière flexible au travail. Parallèlement, nous constatons que le rôle des agences d’intérim s’élargit : il ne s’agit plus seulement de matching, mais aussi de développement des compétences, d’activation et d’intégration durable sur le marché du travail. Cette évolution offre également de nombreuses opportunités.
Le secteur démontre sa valeur ajoutée en tant que moteur d’un marché du travail dynamique, notamment dans l’accompagnement des transitions professionnelles et des formations. L’opportunité est claire : les agences d’intérim deviennent de plus en plus des partenaires de talents plutôt que de simples intermédiaires.
Dans ce contexte, il est également important de souligner que les décideurs politiques commencent enfin à entendre les préoccupations des entreprises face à la surcharge réglementaire. Le titre de notre rapport annuel 2024 était encore « Laissez-nous entreprendre ». Entre-temps, des responsables politiques européens ont répondu à cet appel, comme en témoigne notamment le sommet d’Alden Biesen. En tant que fédération des prestataires de services RH, nous constatons mieux que quiconque que notre économie souffre de cet excès de règles. Aujourd’hui, 3,9 % des Européens actifs occupent un emploi principalement consacré à la conformité, tandis que cette charge administrative pèse sur la création d’autres emplois. En tant que secteur RH, nous dépendons fortement de la conjoncture et de la santé globale du tissu économique. Nous ressentons et entendons chaque jour que d’énormes pportunités existent dans une Europe qui soutient mieux son économie et son industrie.
Avec le récent accord de gouvernement, nous voyons des premiers pas vers davantage de flexibilité et d’apprentissage tout au long de la vie. Quel rôle les agences d’intérim peuvent-elles jouer dans cette transition et comment Federgon les soutient-elle concrètement ?
L’accord de gouvernement marque des étapes nécessaires, mais encore limitées, vers plus de flexibilité et de formation continue. Les agences d’intérim y jouent un rôle essentiel : elles atteignent des groupes de talents souvent absents des systèmes classiques. Grâce à leur proximité avec les candidats, elles peuvent proposer des parcours de formation sur mesure. Dans notre note relative au congé de formation flamand, nous soulignons que le secteur collabore depuis des années avec les autorités pour déployer les formations de manière efficace et correcte. Federgon soutient ses membres notamment par des propositions politiques sur les droits à la formation et leur financement, le suivi de la réglementation, le partage de connaissances via la Federgon Academy, ainsi que des outils et modèles fondés sur des données probantes afin d’ancrer structurellement l’apprentissage.
« Les agences d’intérim évoluent d’un simple rôle d’intermédiaire vers celui de véritables partenaires en talents, axés sur le développement des compétences, l’activation et une insertion durable sur le marché du travail. »
La digitalisation et les données jouent un rôle croissant dans les services RH. Quelles évolutions technologiques les agences d’intérim ne doivent-elles absolument pas manquer dans les années à venir ?
Aujourd’hui, la digitalisation et la data sont déterminantes pour des services RH performants. L’évolution de l’utilisation de l’intelligence artificielle jouera également un rôle décisif dans la croissance de la productivité. C’est pourquoi Federgon abrite une commission HR Tech, qui vise à donner une voix aux organisations développant des technologies RH.
Toutefois, la récente vague de digitalisation est en partie freinée par l’AI Act, qui classe automatiquement toutes les applications d’IA dans les RH comme « à haut risque », ce qui entraîne une charge administrative et des exigences de sécurité supplémentaires pour les entreprises. Nous risquons ainsi de manquer des opportunités de développer nos propres outils, alors que les candidats utilisent déjà largement l’IA dans les processus de recrutement.
De nombreux membres de Federgon – et également d’Offix – sont de plus petites agences avec des besoins spécifiques. Quelle valeur ajoutée Federgon leur offre-t-elle concrètement ?
Les petites agences constituent une partie essentielle de notre communauté. Federgon souhaite agir comme source d’inspiration, partenaire de connaissance et catalyseur, avec une attention particulière pour les PME, qui disposent souvent de moins de moyens internes. Pour elles, nous offrons des opportunités de traiter les dossiers ensemble et de suivre les évolutions collectivement. Enfin, nous disposons d’un groupe de travail spécifique pour les PME, afin de garantir que leur voix soit également représentée. Concrètement, nous leur proposons : des outils pratiques et des modèles de documents ; des workshops orientés vers une mise en œuvre accessible ; une traduction directe des politiques publiques afin qu’elles n’aient pas à naviguer seules dans une législation complexe ; des opportunités de networking et d’échanges avec des acteurs plus importants ; un soutien en cas de contrôles ;des normes de qualité et des agréments. Enfin, chaque membre peut également nous solliciter pour des conseils juridiques individuels
Federgon joue également un rôle actif de partenaire de dialogue avec les autorités et les institutions. Pouvez-vous citer quelques actions de lobbying actuelles ?
Nous menons un lobbying actif sur plusieurs dossiers : opposition aux restrictions légales concernant les clauses de non-débauchage, lutte contre l’usage abusif des contrats journaliers en dehors de l’intérim, cadre opérationnel pour la non-retenue du précompte professionnel, contrats d’intérim à durée indéterminée, cadres pour les trajectoires de transition, etc.
Enfin, si vous étiez ministre de l’Emploi et que vous pouviez prendre une seule mesure pour le secteur de l’intérim, laquelle choisiriez-vous ?
Je choisirais une activation efficace et une simplification profonde du droit du travail, afin de rendre les talents plus rapidement et plus flexiblement mobilisables. Les travailleurs devraient se sentir libres et en sécurité pour choisir leur trajectoire professionnelle. Il faudrait supprimer les distinctions entre fonctionnaires, ouvriers et employés et évoluer vers un statut unique, suffisamment flexible pour répondre à toutes les formes de travail. Aujourd’hui, trop de personnes restent en marge ou bloquées dans un emploi en raison de règles fragmentées et complexes, ou par crainte de perdre leurs droits. En simplifiant la législation, nous pourrions offrir davantage de liberté et de clarté à chacun.
Enfin, si vous étiez ministre de l’Emploi et que vous pouviez prendre une seule mesure pour le secteur de l’intérim, laquelle choisiriez-vous ?
Je choisirais une activation efficace et une simplification profonde du droit du travail, afin de rendre les talents plus rapidement et plus flexiblement mobilisables. Les travailleurs devraient se sentir libres et en sécurité pour choisir leur trajectoire professionnelle. Il faudrait supprimer les distinctions entre fonctionnaires, ouvriers et employés et évoluer vers un statut unique, suffisamment flexible pour répondre à toutes les formes de travail. Aujourd’hui, trop de personnes restent en marge ou bloquées dans un emploi en raison de règles fragmentées et complexes, ou par crainte de perdre leurs droits. En simplifiant la législation, nous pourrions offrir davantage de liberté et de clarté à chacun.