Vous êtes récemment devenue présidente de Federgon. Quelles priorités souhaitez-vous mettre en avant au cours des prochaines années pour le secteur belge des ressources humaines et de l’intérim ?
Avec le secteur, nous devons œuvrer à la création de conditions de concurrence équitables (level playing field) pour tous les acteurs actifs dans les services RH. La concurrence déloyale doit disparaître du marché et la législation doit s’appliquer de la même manière à tous.
Nous souhaitons également rendre notre secteur plus attractif et mettre davantage l’accent sur la valeur ajoutée que nous apportons à nos clients et à nos candidats, tout en renforçant la visibilité de nos services.
Notre secteur est souvent présenté sous un jour défavorable en raison de certains acteurs qui ne respectent pas les règles. Or, il s’agit fréquemment d’entreprises qui ne sont pas membres de Federgon, voire d’acteurs internationaux qui n’ont aucun lien avec les services RH, mais qui sont néanmoins perçus par les responsables politiques, les médias ou les entreprises comme faisant partie de la « flexibilité » du marché du travail.
Il est essentiel d’opérer une distinction claire et de faire de Federgon un véritable label de qualité, tout en encourageant les entreprises à collaborer exclusivement avec des partenaires qui portent ce label.
Le marché du travail belge reste confronté à une pénurie de main-d’œuvre, alors qu’un important vivier de talents demeure inexploité. Quel rôle les agences d’intérim peuvent-elles jouer dans l’activation et l’accompagnement de cette réserve de talents ?
Les agences d’intérim ont toujours constitué un pont vers un emploi durable. Nous sommes également l’un des secteurs les plus diversifiés du paysage de l’emploi.
Nous devons continuer à assumer ce rôle. Grâce au travail intérimaire, de nombreuses personnes peuvent sortir du chômage. Nous devons également favoriser les transitions d’un emploi à un autre, y compris pour les personnes en incapacité de travail de longue durée.
Il est important d’encourager les personnes à ne pas rester enfermées dans un emploi qui ne leur apporte plus d’énergie, mais à franchir plus rapidement le pas vers de nouvelles opportunités.
La digitalisation et l’intelligence artificielle transforment la manière dont candidats et employeurs se rencontrent. Comment voyez-vous l’avenir du secteur de l’intérim dans un marché du travail toujours plus numérique ?
L’avenir consistera à exploiter au mieux la digitalisation et l’intelligence artificielle dans l’ensemble des processus, en mettant l’accent sur l’automatisation des tâches administratives et répétitives.
Cela permettra aux consultants et aux agences de consacrer davantage de temps aux services à forte valeur ajoutée pour les clients et les candidats, tels qu’un meilleur accompagnement lors de l’intégration chez le client (onboarding), le développement des formations ou encore l’accompagnement personnalisé.
Dans quelle mesure l’apprentissage tout au long de la vie joue-t-il un rôle dans le secteur de l’intérim, et comment Travi l’encourage-t-il ?
Dans un marché du travail tendu, l’importance de l’apprentissage continu n’a jamais été aussi grande. Former devient de plus en plus le nouveau recruter. Les entreprises d’intérim qui investissent dans le potentiel de croissance des intérimaires renforcent non seulement leurs talents, mais aussi la qualité de leurs services aux clients. Investir dans la formation est donc plus que jamais rentable, et Travi souhaite les soutenir pleinement dans cette démarche.
L’intelligence artificielle et la digitalisation constituent sans doute l’évolution la plus importante que nous devons pleinement intégrer.
Les personnes ne seront pas remplacées par l’intelligence artificielle, mais par celles qui sauront utiliser l’intelligence artificielle.
Grâce à votre expérience au sein de House of HR, vous avez une vision tant du marché belge qu’international. Quelles sont, selon vous, les tendances que les agences d’intérim belges ne peuvent ignorer aujourd’hui ?
Nous constatons également que, grâce à ces évolutions, de nombreux clients disposent désormais plus facilement des mêmes outils que les agences d’intérim et les prestataires RH. Nous devons donc aller encore plus loin dans nos services, réfléchir davantage en termes de solutions pour les clients et renforcer continuellement notre valeur ajoutée.
Par ailleurs, dans de nombreux pays, la réglementation représente à la fois une menace et une opportunité. La capacité à anticiper rapidement les évolutions législatives et à s’y adapter deviendra un facteur essentiel de survie dans notre secteur.
Si vous pouviez adresser un seul message aux agences d’intérim belges pour les cinq prochaines années, quel serait-il ?
Les personnes ne seront pas remplacées par l’intelligence artificielle, mais par celles qui sauront utiliser l’intelligence artificielle.
Cela signifie que toutes les agences d’intérim doivent réfléchir dès aujourd’hui à l’impact que l’IA aura, tant sur les travailleurs qu’elles emploient que sur leur propre manière de travailler.
Si vous étiez nommée ministre du Travail, quelle serait votre première mesure ?
Le travail doit redevenir la norme ; il ne s’agit pas de travailler moins, mais de travailler davantage. Le travail est essentiel pour notre avenir et pour la pérennité de notre prospérité et de notre État social.
C’est pourquoi il faut remettre au travail un maximum de personnes. Je m’attacherais à réduire le nombre de chômeurs et de personnes en incapacité de longue durée en misant davantage sur l’employabilité, sur des attestations d’aptitude au travail plutôt que sur des certificats médicaux classiques, et en privilégiant l’accompagnement plutôt que l’octroi d’allocations pour le burn-out.
Je plaiderais également pour l’octroi de budgets d’accompagnement destinés aux employeurs et aux travailleurs, ainsi que pour l’exonération fiscale des indemnités de licenciement, à condition que la personne retrouve rapidement un emploi.
Nous devons éviter que les personnes restent trop longtemps éloignées du marché du travail, car il est démontré que le retour à l’emploi devient de plus en plus difficile à mesure que l’absence se prolonge.
Enfin, les données détenues par les pouvoirs publics devraient être beaucoup mieux mises à la disposition du secteur privé. Les missions essentielles des services de placement devraient davantage se concentrer sur l’amélioration de l’employabilité des personnes, notamment par le biais de formations et d’actions visant à développer son mindset.
Les données dont disposent ces organismes devraient être accessibles à l’ensemble des entreprises afin d’éviter les doubles démarches et de favoriser une mise à l’emploi plus efficace.